Vivre le mystère pascal
Le mystère pascal est une vérité dogmatique de la plus haute importance ; si Jésus n'était pas ressuscité, nous ne serions pas sauvés. La liturgie de Pâques répète inlassablement que le même Jésus qui fut pendu à la croix est aussi celui qui s'est révélé au tombeau. Séparer la croix de la résurrection, c'est détruire le mystère central de notre foi.
Le mystère pascal est aussi d'une très grande importance pour la vie concrète. Qui croit en ce mystère vit autrement : sa vie quotidienne est transformée. Nous apprenons à ne pas gaspiller la souffrance puisque, unie à la Passion de Jésus, elle peut porter du fruit en abondance. Il est très significatif que, dans nombre de nos langues, la souffrance soit communément appelée « croix ». Cette manière de parler traduit l'expérience de beaucoup de générations chrétiennes, qui on senti l'affinité existant entre nos souffrances et la souffrance de Jésus. Jésus ne nous propose pas le moyen d'éviter les souffrances de la vie, il ne nous offre pas non plus d'explications qui permettraient d'en comprendre la signification, mais il vient lui-même remplir nos souffrances de sa présence. Il ne nous laisse pas seul dans notre misère, mais il reste près de nous, lui qui a fait l'expérience d'une si profonde détresse. Il nous montre que nous pouvons unir nos souffrances aux siennes, et les faire ainsi déboucher, avec sa Passion, dans la gloire de sa résurrection. Ce que nous ressentons instinctivement comme absurde – et à juste titre, car en soi, c'est effectivement absurde – peut devenir fécond grâce au mystère pascal. Cette attitude nous garde de l'apitoiement sur nous-mêmes et de l'amertume. Cela fait une énorme différence.
Une souffrance que nous ne pouvons accepter de tout notre c½ur et intégrer dans notre vie a des conséquences négatives. Cette souffrance peut prendre bien des visages : problèmes de santé, dépendances de toutes sortes, échecs professionnels, mises à l'écart justifiées ou injustifiées, trahison de la part de ceux dont on l'attendait le moins, absence continuelle d'encouragement et de reconnaissance, frustrations dues à une formation intellectuelle insuffisante, notre manque de maturité et nos ombres que nous découvrons peu à peu, notre médiocrité spirituelle, une longue sécheresse dans notre prière, notre culpabilité, vraie ou imaginaire, etc. Dans un moment difficile, ces souffrances refusées peuvent facilement nous amener à rechercher des compensations superficielles ou à commettre des manquements à nos plus précieux engagements. Une offense qu'on n'a pas pu pardonner ou dont on a refoulé la douleur peut nous entraîner à blesser les autres à notre tour, et il se peut même que nous n'en soyons pas conscients.
Les expériences négatives que nous n'acceptons pas nous enferment dans un cercle vicieux, celui d'une négativité croissante. Cela arrive aussi bien dans le mariage que dans la vie religieuse, la vie sacerdotale ou le célibat. Ce négativisme étouffe notre amour, sape notre générosité ainsi que notre ministère, ébranle notre fidélité et notre honnêteté, nous enferme dans la mesquinerie et la superficialité. La croix de Jésus, perçue dans son unité avec la résurrection nous donne au contraire une grande force pour accepter ce que nous ne pouvons éluder, l'unir aux souffrances de Jésus et par là le rendre fécond.
Si nous vivons vraiment notre foi dans toute la plénitude du mystère pascal, nous y trouverons consolation pour nous-mêmes et pour d'autres. La foi chrétienne est toujours apostolique. Le réconfort que nous offrons aux autres doit être profond, authentique, enraciné dans le mystère. Le philosophe alsacien Charles Pfleger a choisi comme titre pour un de ses livres : Seul le mystère console. C'est ce que Saint Paul pense lui aussi : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console, dans toute notre tribulation, afin que par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit. » (2 Co 1,3 - 4).
Pierre Van Breemen, s.j. (Extrait de « Trouver Dieu en toutes choses » ed. CERF)
Le mystère pascal est une vérité dogmatique de la plus haute importance ; si Jésus n'était pas ressuscité, nous ne serions pas sauvés. La liturgie de Pâques répète inlassablement que le même Jésus qui fut pendu à la croix est aussi celui qui s'est révélé au tombeau. Séparer la croix de la résurrection, c'est détruire le mystère central de notre foi.
Le mystère pascal est aussi d'une très grande importance pour la vie concrète. Qui croit en ce mystère vit autrement : sa vie quotidienne est transformée. Nous apprenons à ne pas gaspiller la souffrance puisque, unie à la Passion de Jésus, elle peut porter du fruit en abondance. Il est très significatif que, dans nombre de nos langues, la souffrance soit communément appelée « croix ». Cette manière de parler traduit l'expérience de beaucoup de générations chrétiennes, qui on senti l'affinité existant entre nos souffrances et la souffrance de Jésus. Jésus ne nous propose pas le moyen d'éviter les souffrances de la vie, il ne nous offre pas non plus d'explications qui permettraient d'en comprendre la signification, mais il vient lui-même remplir nos souffrances de sa présence. Il ne nous laisse pas seul dans notre misère, mais il reste près de nous, lui qui a fait l'expérience d'une si profonde détresse. Il nous montre que nous pouvons unir nos souffrances aux siennes, et les faire ainsi déboucher, avec sa Passion, dans la gloire de sa résurrection. Ce que nous ressentons instinctivement comme absurde – et à juste titre, car en soi, c'est effectivement absurde – peut devenir fécond grâce au mystère pascal. Cette attitude nous garde de l'apitoiement sur nous-mêmes et de l'amertume. Cela fait une énorme différence.
Une souffrance que nous ne pouvons accepter de tout notre c½ur et intégrer dans notre vie a des conséquences négatives. Cette souffrance peut prendre bien des visages : problèmes de santé, dépendances de toutes sortes, échecs professionnels, mises à l'écart justifiées ou injustifiées, trahison de la part de ceux dont on l'attendait le moins, absence continuelle d'encouragement et de reconnaissance, frustrations dues à une formation intellectuelle insuffisante, notre manque de maturité et nos ombres que nous découvrons peu à peu, notre médiocrité spirituelle, une longue sécheresse dans notre prière, notre culpabilité, vraie ou imaginaire, etc. Dans un moment difficile, ces souffrances refusées peuvent facilement nous amener à rechercher des compensations superficielles ou à commettre des manquements à nos plus précieux engagements. Une offense qu'on n'a pas pu pardonner ou dont on a refoulé la douleur peut nous entraîner à blesser les autres à notre tour, et il se peut même que nous n'en soyons pas conscients.
Les expériences négatives que nous n'acceptons pas nous enferment dans un cercle vicieux, celui d'une négativité croissante. Cela arrive aussi bien dans le mariage que dans la vie religieuse, la vie sacerdotale ou le célibat. Ce négativisme étouffe notre amour, sape notre générosité ainsi que notre ministère, ébranle notre fidélité et notre honnêteté, nous enferme dans la mesquinerie et la superficialité. La croix de Jésus, perçue dans son unité avec la résurrection nous donne au contraire une grande force pour accepter ce que nous ne pouvons éluder, l'unir aux souffrances de Jésus et par là le rendre fécond.
Si nous vivons vraiment notre foi dans toute la plénitude du mystère pascal, nous y trouverons consolation pour nous-mêmes et pour d'autres. La foi chrétienne est toujours apostolique. Le réconfort que nous offrons aux autres doit être profond, authentique, enraciné dans le mystère. Le philosophe alsacien Charles Pfleger a choisi comme titre pour un de ses livres : Seul le mystère console. C'est ce que Saint Paul pense lui aussi : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console, dans toute notre tribulation, afin que par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit. » (2 Co 1,3 - 4).
Pierre Van Breemen, s.j. (Extrait de « Trouver Dieu en toutes choses » ed. CERF)


